J'ai trouvé ce récit sur Europeen Ercoupe Newsletter :

L'Ercoupe 415 C est, en 1962, un bel avion. Un avion superbe. Biplace. Métallique. Confortable. Equipé. 75 cv, la radio, et tout et tout. C'est en plus un avion qui a la particularité d'avoir les commandes conjuguées, le volant actionnant simultanément les ailerons et la direction, sans que l'on ait à toucher au palonnier. Le rêve pour quatre pilotes muretains, qui viennent de débusquer l'oiseau rare à vendre dans un hangar de Toulouse Lasbordes. Ils sont prêts à mettre la main à la poche, et à ramener l'avion à Muret, le vendeur est d'accord sur le prix. Il n'y a qu'un seul hic. A Muret, le président du club refuse absolument d'accueillir cet avion dans l'unique hangar du terrain, où il a d'autres projets. Mais qu'importe, notre quatuor tient à acheter cet avion, qui est une occasion exceptionnelle. Jacques est d'ailleurs prêt à abandonner la construction du Jodel qu'il a entreprise, et vendre sa part pour se consacrer à l'Ercoupe.
Alors, un beau soir, malgré l'interdiction présidentielle, l'Ercoupe se pose en catimini sur le terrain de Muret. Jacques et ses trois copains ont soigneusement préparé leur coup : Cet avion va disparaître sitôt arrivé. La caisse à clous est là, sur l'Ercoupe, les ailes se démontent assez facilement, et hop ! au boulot ! En quelques minutes, voilà le F-BDPQ sans ailes. Les ailes sont soigneusement rangées au fond du hangar. Et maintenant, convoyage routier ! Moteur démarré, l'Ercoupe taxie jusque sur la petite route, escorté de deux voitures, et voilà, à la nuit tombante, cette étrange machine lancée sur la Départementale 43b, puis sur le Départementale 15, on n'oublie pas de s'arrêter au stop. (Aujourd’hui, il y a un rond-point, ça serait encore plus drôle). Le voisinage ne remarque même pas le bruit du 75 cv à hélice, à une époque où les routes sont fréquentées par des 4CV et des 203.
Comme une bagnole, je vous dis ! Même pas besoin du palonnier. Les gaz, le volant, et roule ma poule. On approche de Seysses. La maison de Jacques est là, à gauche, au bord de la route. Les deux voitures mettent le cligno. L'Ercoupe fait comme il peut. Hop, petit coup de volant, le voilà rentré dans le jardin. Puis dans le garage. Terminus. L'appareil est à destination, mais la caisse à clous va encore servir...
6h00 du matin, le lendemain. Les gendarmes sonnent au portail. Le président, alerté par quelque taupe, a hélé la maréchaussée. " Bonjour, vous avez un avion, ici ?" - Ben un avion... j'ai des pièces d'avion, oui. "Regardez, j'ai un fuselage ici, le moteur est dans l'atelier de derrière, l'hélice est là-haut sur l'étagère, et les ailes..., elles sont dans le hangar à Muret. Alors vous voyez, c'est pas demain qu'il revole." Les gendarmes repartirent comme ils étaient venus, persuadés d'avoir affaire à une pure crise d'ego
présidentiel.
Le F-BDPQ revint plus tard sur le terrain, et vola quelques années avant d'être vendu à Luchon. Les manoeuvres louches, il y en eut encore de nombreuses, diurnes et nocturnes. Pour illustrer un peu, j'ai joint une photo de l'époque, où l'on voit, sur le terrain de Muret, l'Ercoupe avec les ailes démontées. (ce n'est pas ce jour-là). Le principal protagoniste Jacques est visible sur la photo (à droite, cigarette). De toute façon, il y a prescription, ce mois-ci, il y a dix ans qu'il nous a quittés. Les trois autres personnages sur le cliché sont étrangers à cette histoire. Mais deux des protagonistes sont encore vivants, et quarante sept ans après, ils en rigolent encore. Comme a bien rigolé le gars de la DGAC à qui j'ai conté cette histoire vraie aujourd'hui.
Jacques Darolles Aviateur paysan

L'Ercoupe 415 C est, en 1962, un bel avion. Un avion superbe. Biplace. Métallique. Confortable. Equipé. 75 cv, la radio, et tout et tout. C'est en plus un avion qui a la particularité d'avoir les commandes conjuguées, le volant actionnant simultanément les ailerons et la direction, sans que l'on ait à toucher au palonnier. Le rêve pour quatre pilotes muretains, qui viennent de débusquer l'oiseau rare à vendre dans un hangar de Toulouse Lasbordes. Ils sont prêts à mettre la main à la poche, et à ramener l'avion à Muret, le vendeur est d'accord sur le prix. Il n'y a qu'un seul hic. A Muret, le président du club refuse absolument d'accueillir cet avion dans l'unique hangar du terrain, où il a d'autres projets. Mais qu'importe, notre quatuor tient à acheter cet avion, qui est une occasion exceptionnelle. Jacques est d'ailleurs prêt à abandonner la construction du Jodel qu'il a entreprise, et vendre sa part pour se consacrer à l'Ercoupe.
Alors, un beau soir, malgré l'interdiction présidentielle, l'Ercoupe se pose en catimini sur le terrain de Muret. Jacques et ses trois copains ont soigneusement préparé leur coup : Cet avion va disparaître sitôt arrivé. La caisse à clous est là, sur l'Ercoupe, les ailes se démontent assez facilement, et hop ! au boulot ! En quelques minutes, voilà le F-BDPQ sans ailes. Les ailes sont soigneusement rangées au fond du hangar. Et maintenant, convoyage routier ! Moteur démarré, l'Ercoupe taxie jusque sur la petite route, escorté de deux voitures, et voilà, à la nuit tombante, cette étrange machine lancée sur la Départementale 43b, puis sur le Départementale 15, on n'oublie pas de s'arrêter au stop. (Aujourd’hui, il y a un rond-point, ça serait encore plus drôle). Le voisinage ne remarque même pas le bruit du 75 cv à hélice, à une époque où les routes sont fréquentées par des 4CV et des 203.
Comme une bagnole, je vous dis ! Même pas besoin du palonnier. Les gaz, le volant, et roule ma poule. On approche de Seysses. La maison de Jacques est là, à gauche, au bord de la route. Les deux voitures mettent le cligno. L'Ercoupe fait comme il peut. Hop, petit coup de volant, le voilà rentré dans le jardin. Puis dans le garage. Terminus. L'appareil est à destination, mais la caisse à clous va encore servir...
6h00 du matin, le lendemain. Les gendarmes sonnent au portail. Le président, alerté par quelque taupe, a hélé la maréchaussée. " Bonjour, vous avez un avion, ici ?" - Ben un avion... j'ai des pièces d'avion, oui. "Regardez, j'ai un fuselage ici, le moteur est dans l'atelier de derrière, l'hélice est là-haut sur l'étagère, et les ailes..., elles sont dans le hangar à Muret. Alors vous voyez, c'est pas demain qu'il revole." Les gendarmes repartirent comme ils étaient venus, persuadés d'avoir affaire à une pure crise d'ego
présidentiel.
Le F-BDPQ revint plus tard sur le terrain, et vola quelques années avant d'être vendu à Luchon. Les manoeuvres louches, il y en eut encore de nombreuses, diurnes et nocturnes. Pour illustrer un peu, j'ai joint une photo de l'époque, où l'on voit, sur le terrain de Muret, l'Ercoupe avec les ailes démontées. (ce n'est pas ce jour-là). Le principal protagoniste Jacques est visible sur la photo (à droite, cigarette). De toute façon, il y a prescription, ce mois-ci, il y a dix ans qu'il nous a quittés. Les trois autres personnages sur le cliché sont étrangers à cette histoire. Mais deux des protagonistes sont encore vivants, et quarante sept ans après, ils en rigolent encore. Comme a bien rigolé le gars de la DGAC à qui j'ai conté cette histoire vraie aujourd'hui.
Jacques Darolles Aviateur paysan
Commentaire